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26 juin 2012 / unpontentredeuxrives

Présidentielles égyptiennes : l’orientalisme a la peau dure

« … les intégristes restent les mieux organisés, grâce à leur mécènes et à leur réseau de mosquées, pour apparaître comme la seule alternative. Notamment dans les campagnes, misérables où ils sont parfois les seuls à assurer un semblant d’Etat. Il suffit de peu dans un pays qui compte plus de 70% d’analphabètes et 42% d’habitants vivant avec moins de 2 dollars par jour… » (Caroline Fourest : ici ou ).

Outre qu’on aurait souhaité connaître les sources de ces statistiques, car elles sont très éloignées de celles que fournit l’UNICEF, qui considère que 66% de la population égyptienne adulte est alphabétisée et que 95% des enfants du niveau primaire sont scolarisés, on est frappé par la naïve (ou franche ?) condescendance qui se dégage de ces quelques mots : « il suffit de peu… ».

Pour décrire les événements, on aurait pu dire bien des choses, comme : « Dans un pays où l’Etat n’assure pas aux défavorisés les services minimums, que sont l’accès aux soins, l’éducation, les services de voiries et j’en passe, alors que les élites politiques et militaires, qui se sont confondues pendant près de soixante ans, et une partie des élites économiques ont été absorbées par la prédation du pays pendant cette même période, les réseaux des « Frères musulmans » qui tentaient d’y pallier, et quelques furent leurs motivations, leur ont assuré une popularité certaine ou, à tout le moins, une relative confiance quant à leur capacité à gérer les affaires publiques ».

Ce faisant, on aurait souligné le rationalisme d’un tel choix politique, qu’on est bien évidemment pas obligé de partager, mais qui n’est pas plus incohérent que d’accorder sa confiance à quelque candidat promettant en même temps rigueur des comptes publics et relance keynésienne… et qui aurait sonné moins « paternaliste », laissant clairement entendre que cette pauvre masse ne peut pas être rationnelle et que ses voix s’achètent à peu de frais.

Si on regarde les résultats du premier tour de la présidentielle égyptienne, on découvre un paysage contrasté, une gamme assez riche en matière de choix politique : 17% pour M. Foutouh (ancien membre de la « confrérie », écarté pour dissidence « libérale »), M. Sabbahi (gauche «nassérienne») a rassemblé 20% des suffrages, M. Shafiq (candidat de l’armée) a obtenu 23.6% et M. Morsi (candidat officiel de la « Confrérie » et président élu) arrivait en tête avec 24.7%. Entre le premier et le quatrième, seuls 7 points d’écart ! Et ces chiffres doivent être comparés au niveau de l’abstention, de près de 50%, alors que se tenaient les premières élections présidentielles qui n’étaient pas jouées d’avance, 50% dont il faudrait étudier en détail les motivations, mais dont on peut dores-et-déjà dire qu’une portion non-négligeable a boycotté des élections organisées par un régime encore et toujours militaire.

Il serait aussi intéressant d’étudier les sources de financements des partis et surtout les montants alloués aux différentes campagnes législatives et présidentielles. Si ces montants sont plafonnés en France, c’est qu’on a constaté que si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi le nerf de la conquête politique. Or soutenu qui par la Qatar, qui par l’Arabie Saoudite, les militaires, la « Confrérie » et les salafistes partaient avec un net avantage tout ce qu’il y a de plus rationnel !

En tournant ainsi sa description, Mme Fourest fait de l’orientalisme comme l’a définit Edward Saïd et, on aimerait se tromper, mais semble s’en dégager un fumet de racisme ordinaire. Ramenant la population égyptienne à ces quelques chiffres, 70% d’analphabètes et 42% de miséreux, chiffres faux de surcroît, elle en nie la diversité, la complexité ; elle la réduit à une masse sans visage, sans intelligence, ignorante et pauvre, qu’il convient de guider, mais certainement pas d’écouter, en tout cas pas plus qu’on écoute un enfant lorsqu’il s’agit de prendre des décisions sérieuses. Pour Mme Fourest, et pour elle en premier lieu, il est parfaitement irrationnel d’accorder sa voix à un parti qui se réclame de l’Islam. Donc, pour que son bagage théorique « colle » avec la réalité, on tort cette réalité.

Pour Mme Fourest, comme pour l’auteur de ces lignes d’ailleurs, l’islamisme politique est réactionnaire. D’ailleurs pour les « islamistes » aussi : ils ne se considèrent pas comme des « progressistes », mais bien comme des conservateurs. Enfin, attention, même la « Confrérie » est traversée de courants et tous les « frères » ne partagent pas les mêmes projets. L’auteur de ces lignes a quelques amis égyptiens, « libéraux » évidemment, laïcs, qui ont détesté se retrouver coincés entre les militaires et les « frères », qui ont appelé au boycott, pour certains, ont voté pour Morsi pour d’autres sans grande conviction ou encore pour Shafiq en se pinçant le nez… Mais pour eux tous, la révolution n’est pas terminée !

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